Projets humains, projets de Dieu ?

Le SEIGNEUR dit : Ainsi ils sont un seul peuple, ils parlent tous la même langue, et ce n'est là que le commencement de leurs œuvres ! Maintenant, rien ne les empêchera de réaliser tous leurs projets ! (Genèse 11, 6)

Dans l’histoire de la tour de Babel, Dieu, venu descendre voir la ville et la tour ne se sent offensé ni par l’une ni par l’autre. Mais Dieu constate que l’humanité parle la même langue et donc il n’y aura pas de limite aux projets des humains.

 

Nous vivons dans une société où les projets sont très valorisés. On aime même découvrir les programmes électoraux des uns et des autres alors que nous savons bien qu’ils ne seront pas mis en œuvre. Même dans nos Eglises, on nous incite à faire des « projets de vie ». D’un autre côté, le texte biblique nous interpelle en avertissant que les projets ne sont pas toujours bons. Que faut-il penser ?

 

Ne nous étonnons pas que Dieu n’ait pas voulu que l’humanité parle la même langue avec les mêmes mots. En effet, qu’il s’agisse des horreurs nées du totalitarisme ou que ce soit le langage imposé par le plus fort économiquement, force est de constater que lorsqu’un groupe d’humains parlent la même langue avec les mêmes mots, ce qui importe alors pour eux, ce ne sont plus les êtres vivants, l’homme en premier, les animaux ensuite, ce qui devient primordial, ce sont justement leurs projets, projets qui leur profitent le plus souvent. Au lieu d’être au service de l’humanité, le projet devient alors une fin en soi, comme la construction de la tour. Ainsi, nous ignorons dans notre projet de société tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas y trouver une place. Les pauvres sont responsables de leur sort, les réfugiés aussi. La planète et ses habitants peuvent bien attendre que l’on réduise les effets de nos activités sur le climat, le projet ne peut inclure cette problématique qui n’est pas compatible avec la croissance, les dividendes, le confort matériel, la santé, toutes choses qui sont au cœur de notre projet de société.

 

Dans l’histoire de Babel, Dieu disperse les humains et les empêche de se comprendre facilement.

 

Paradoxalement, c’est cette difficulté qui rendra possible la rencontre qui elle-même ouvrira la porte à une communion possible. Or la communion, c’est ce qui nous permet de grandir en humanité parce que nous cheminons alors ensemble vers le Royaume. C’est cela qui constitue le plan de Dieu, ce plan qui est à notre bénéfice et non au sien. La communion elle-même n’est pas un projet, elle est à vivre chaque jour, les uns avec les autres et avec Dieu.

 

Or, la communion ne peut surgir que de la reconnaissance de l’altérité de l’autre. La communion ce n’est pas de croire et de penser la même chose que mon voisin, ni d’élaborer des projets communs. La communion, c’est reconnaître en chaque prochain un être unique, différent de moi mais lié à moi parce qu’il adore le même Dieu, reconnaît le même Seigneur. La Bible nous enseigne que le désir de Dieu pour l’humanité passe par les êtres humains eux-mêmes dans leur diversité et non par des projets ou des systèmes. Ce que je nous souhaite pour ce temps si troublé où les divisions se creusent et le dialogue devient impossible, c’est que nous sachions nous écouter les uns les autres, écouter nos prochains pour mieux vivre cette communion les uns avec les autres et avec le Seigneur.

Contact