Les femmes qui ont vu Jésus mort sur la croix, qui ont assisté de loin à sa mise au tombeau marchent dans la demi-clarté précédant l’aube. Elles vivent dans un monde où tout va mal ! Au premier siècle, pas de technique qui facilite la vie, pas de vraie médecine, pas de sécurité sociale, pas d’allocations chômage : on a du travail ou on meurt de faim. Au premier siècle en Palestine, les femmes n’ont aucun droit, les enfants sont de peu de valeur, les veuves meurent de faim si elles n’ont pas de fils pour les aider. Au premier siècle, l’injustice sociale règne, la violence est quotidienne : celle de Rome victorieuse, celle des forts sur les faibles, celle des bandits qui attaquent les voyageurs, celle des rebelles à l’autorité.
Puis Jésus leur a parlé d’un autre monde : le même en réalité, mais transformé par si peu de choses en apparence : transformé par le pardon de Dieu et non pas sa vengeance, transformé par le respect absolu du prochain. Et Jésus n’a pas fait que l’annoncer, il l’a vécu : il a mangé avec des pécheurs, il a touché des impurs, il a chassé les démons, il les a regardées, elles, femmes, comme des êtres dignes du même respect que les hommes. Il les a enseignées, il les a acceptées comme disciples.
Et puis la violence des hommes a tout détruit. Il ne leur reste que ce dernier geste d’amour : embaumer leur mort.
Pas à pas, elles avancent, comme on avance pas à pas sur le chemin du deuil. Elles sont perdues, il fait sombre dehors et au-dedans d’elles-mêmes. Elles regardent où elles posent leur pied ou bien baissent la tête vaincue par la vie. Puis, arrivées au tombeau, elles lèvent les yeux vers la pierre et constatent que cette pierre a été roulée.
Malgré les explications de l’homme en blanc, il leur faudra du temps pour comprendre ce qui s’était passé, le temps du silence, le temps de la réflexion, le temps de la prière.
Notre vie de foi est remplie, comme la vie de ces femmes, de moments de certitude, de doute, de peur, de découragement. Pourtant, nous ne sommes pas dans la situation de ces femmes. Elles ne savaient pas avant d’arriver au tombeau que la pierre était déjà roulée.
Nous, nous savons. Tous les dimanches, nous célébrons la résurrection du Christ qui est aussi libération de tous nos enfermements. Alors, j’ai une question brûlante pour nous : pourquoi agissons-nous et pensons-nous si souvent comme si la pierre n’avait jamais été roulée ?
Pourtant, la résurrection nous rappelle que le mal absolu a été vaincu sur la croix. L’histoire du christianisme nous enseigne que rien n’est impossible, qu’une poignée de personnes peut changer le monde. La nuée des témoins du matin de Pâques jusqu’à aujourd’hui nous proclame que nous ne sommes jamais seuls.
L’Évangile est en marche. Mais il n’avance pas tout seul. La souffrance, l’injustice et le mal sont toujours dans ce monde. Nous n’avons pas le droit de dire que nous ne pouvons rien aux maux du monde. Ne marchons pas tête baissée vers le tombeau de nos rêves brisés. La pierre est roulée, le Christ nous rejoint dans nos vies. Quelles que soient nos déceptions et les épreuves de nos vies, l’espérance demeure vivante : la lumière de Pâques éclaire le monde à jamais et Christ se tient à nos côtés jusqu’à la fin du monde.