Changez radicalement…

L’hiver approche, la nuit gagne chaque jour, nous approchons de la plus longue nuit de l’année. Le monde lui aussi s’assombrit. La nuit gagne nos vies. Guerres insupportables, persécutions religieuses, terrorisme de toutes sortes nous ont marqués cette année encore. La crise économique s’installe. La planète s’essouffle à force de supporter nos excès. Les oiseaux meurent, les glaces fondent, le climat change. Oui, l’avenir ressemble fort à une nuit qui ne finit pas.

Pourtant, rien ne nous empêche de sortir toutes nos lumières pour marquer l’approche de Noël. Ces lumières de l’Avent, qui scintillent dans nos rues, dans nos temples et dans nos maisons nous rappellent ces textes anciens qui parlent eux aussi de lumière dans la nuit, d’espérance en un avenir meilleur.
1 Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui habitent le pays de l’ombre de mort une lumière a brillé. (Es 9, 1)
Que cela soit la prophétie d’Ésaïe ou l’étoile des mages, ces lumières nous rassurent. Un enfant est né il y a bien longtemps, lumière pour les nations. Pour autant, est-ce que ces traditions nous permettent de changer durablement notre regard sur l’avenir, de l’aborder avec foi et espérance ? Force est de reconnaître que dès Noël passé, nos inquiétudes face à l’avenir reviennent.

S’il y a une certaine logique à suivre le rythme des saisons, à fêter la lumière du Christ au plus sombre des nuits de décembre, s’il est légitime de fêter la naissance de Jésus, le risque inhérent au cycle liturgique est celui de tourner en rond. Or, c’est un événement unique dans l’histoire, le ministère de l’homme de Nazareth, qui est lumière dans nos vies. Il y a un avant et un après, définitivement. Ainsi en témoigne l’évangéliste Matthieu :
Il quitta Nazareth et vint demeurer à Capharnaüm, près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephtali, afin que s’accomplisse ce qui avait été dit par l’entremise du prophète Esaïe : Terre de Zabulon et terre de Nephtali, route de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des nations, le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur ceux qui étaient assis dans le pays, dans l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. Dès lors Jésus commença à proclamer : Changez radicalement, car le règne des cieux s’est approché ! (Mt 4, 13-17)

Et si nous cessions de ne penser à cette lumière qu’une seule fois par an, avant Noël ? Et si nous cessions de vivre comme si cette lumière n’avait éclairé qu’un petit lopin de terre, un petit bout d’humanité pendant quelques mois il y a presque 2000 ans ?

Et si nous cessions de nous inquiéter pour le lendemain comme si nous étions des païens ? (Mt 6, 32) A la fin du premier siècle, l’avenir n’était pas rose pour les premiers chrétiens. Pourtant, la prédication de Jésus, sa mort et sa résurrection leur ont permis de changer totalement de perspective. C’est vrai, les guerres se succèdent. Militons pour la paix au lieu de nous tordre les mains et de nous lamenter !
C’est vrai, les persécutions et le terrorisme nous effraient. Osons dire non à
l’intimidation ; prions et accueillons nos frères et sœurs persécutés ! C’est vrai, la crise économique s’installe. Inventons des solidarités, inventons
d’autres manières de vivre !
C’est vrai, l’avenir de la démocratie est menacé ! Agissons, et veillons !
C’est vrai, notre planète est menacée. Prenons nos responsabilités et exigeons de nos autorités qu’elles prennent les leurs. Ce n’est qu’à ce prix que la terre sera sauvée !

Changeons radicalement, non pas pour quelques jours, mais chaque jour. Voilà ce à quoi je nous invite en ce début d’année liturgique. Changeons de regard intérieur, mais changeons aussi dans nos vies quotidiennes. Reflétons-y ce que Christ a changé pour nous.
En effet, ces attitudes, ces actions, ces affirmations, nous pouvons les oser avec
confiance parce que celui qui nous incite au changement radical est aussi celui qui éclaire nos chemins, en décembre comme en avril ou en juillet. Celui qui nous offre le Royaume de Dieu est aussi celui qui nous a promis sa présence tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

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