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Prédication du dimanche 26 janvier
Partage
1 Corinthiens 12,12-14, 20-21,27
Eh bien, le Christ est semblable à un corps qui se compose de plusieurs parties. Toutes ses parties, bien que nombreuses, forment un seul corps. Et nous tous, Juifs ou Grecs, esclaves ou personnes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps par le même Esprit saint et nous avons tous bu de ce seul Esprit. Le corps ne se compose pas d’une seule partie, mais de plusieurs. L’œil ne peut donc pas dire à la main : « je n’ai pas besoin de
toi ! » et la tête ne peut pas non plus dire aux pieds « je n’ai pas besoin de vous ! » […] En fait, il y a plusieurs parties et un seul corps. […] Or vous êtes le corps du Christ, et chacun de vous est une partie de ce corps.
Luc 1, 4 ;4, 14-21
Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, très cher Théophile, un récit suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as reçus ». En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Esaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, pour remettre en liberté les opprimés, pour annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »
Prédication
C’est un beau passage qui nous est proposé ce matin, un beau passage en ce début d’année propice aux résolutions et aux bonnes intentions, un beau passage propice pour changer notre regard sur la vie. Je vous propose deux points sur lesquels nous pouvons nous arrêter. Le premier paraphrase le texte du jour : « C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, de témoigner pour vous, très chère Eglise de Jouy Vélizy Viroflay Chaville, afin que vous vous rendiez bien compte de la solidité des enseignements que vous avez entendus. » Je conviens que cette paraphrase est bien prétentieuse. Mais Luc a osé le faire il y a 2.000 ans. Qui va oser le faire aujourd’hui, à notre époque ? Luc, pas plus que nous, n’a été un témoin direct de la vie, des actes et des paroles de Jésus le nazaréen. Il a été en revanche un témoin direct de la vie, des actes et de paroles de ceux qui ont été transformés par l’annonce de la Bonne nouvelle. Luc a vu et entendu ces passeurs qui lui ont transmis l’Evangile, il en a très probablement fait lui-même l’expérience, et c’est ce qui lui a donné autorité pour écrire son Evangile. Cette autorité ne vient donc pas seulement de la puissance de l’Esprit saint qui agit en lui, son autorité vient aussi des témoins qui lui ont permis de faire la connaissance de Jésus le nazaréen devenu Jésus le Christ, de faire l’expérience dans sa vie de la Parole de Vie. Tout cela nous a été transmis : des écritures que nous lisons encore ce matin, et des témoins qui ont attesté dans leur vie que tout ceci est vrai, non pas « était vrai », mais bien « est vrai dans le temps présent ».
Et nous, avons-nous décidé nous aussi, après avoir travaillé ces textes, après avoir prié, après avoir vu tant de témoins de la Bonne nouvelle, avons-nous décidé d’écrire ou de dire, à nos enfants, à notre famille, à nos amis, à nos voisons, à nos collègues, à notre prochain, Avons-nous décidé de témoigner, afin qu’ils puissent se rendre compte de la solidité des enseignements que nous avons entendus, que oui, Jésus le Christ est le chemin, la vérité et la vie ? (Jn, 14,6). Que choisissons-nous de leur transmettre : un silence ou une parole ? Un fatalisme ou une espérance ? Ou attendons-nous que d’autres le fassent à notre place ? Nous ne sommes pas tous apôtres ou pasteurs, nous ne sommes pas tous des Luc ou des Paul, mais tous nous avons entendu la Bonne nouvelle et par notre baptême, nous sommes prêtres, prophètes et roi. Nous sommes tous appelés, à notre mesure, à être un membre à part entière de l’Eglise. Nous l’avons lu en première lecture : chaque membre fait partie du corps, et chaque membre mérite la même attention. Le pied n’a pas à rougir de ne pas être le cerveau, car sans les pieds, le cerveau n’irait pas bien loin. Heureusement que Luc a écrit cet Evangile il y a 2.000 ans. Mais pour nous, aujourd’hui, heureusement qu’il y a eu une succession ininterrompue de croyants qui ont accueilli dans leur vie cet Evangile, qui ont transformé ces écritures en parole de Vie, et qui ont permis que nous recevions cette Bonne nouvelle. Heureusement qu’il y a eu des chercheurs en science sociales, comme Boris Cyrulnik ou Ilios Kotsou qui ont travaillé le thème de la résilience. Heureusement que nous pouvons profiter de ces apports. Mais qu’en faisons-nous ? Lorsqu’une personne aborde le dérèglement climatique, est-ce que nous nous désolons du
peu de progrès accompli ou des engagements internationaux non respectés ? Est-ce que nous renvoyons à d’autres la responsabilité de la situation ? Ou est-ce que nous essayons de faire sentir que ce sujet concerne aussi les actes et les décisions de chacun dans sa vie courante ?
Face à la montée du populisme dans tant de pays, dont la France, sommes-nous résignés, comme la plupart des disciples le soir du vendredi saint ? Ou sommes-nous fortifiés par l’Esprit saint de la Pentecôte et engagés dans ce monde, pour ce monde ? A chacun de nous de contribuer autour nous pour apporter un chaînon de plus à cette chaîne de la Vie. Commençons cette année 2025 avec cette résolution de communiquer l’Evangile, de toute façon, à ceux qui nous entourent. Mais pour leur dire quoi ? C’est le second point que je voudrais aborder avec vous. Esaïe avait déjà été chargé de le dire : « Il m’a envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, pour annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, pour remettre en liberté les opprimés, pour annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » Et Jésus nous dit qu’« aujourd’hui, il y a 2.000 ans, s’est accompli ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Ce n’est pas si évident car depuis 2.000 ans, les prisons ne se sont pas particulièrement vidées, il y a toujours des aveugles, et des migrants, des victimes de guerre, des personnes exploitées. Alors qu’est-ce qui a été vraiment accompli ? Faut-il attendre une justice, une récompense ou un retournement de situation dans l’au-delà ? Mais selon Luc, Jésus dit bien « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Si nous prenons le passage de ce jour, comme de nombreux autres passages de l’Evangile, nous sommes forcés de constater que beaucoup de changements promis n’ont pas eu lieu, ou au mieux pour quelques-uns, comme si le salut ici-bas était un privilège accordé sur on ne sait trop quel critère. Ce serait alors croire en un Dieu du loto qui fait gagner quelques-uns. Cette interrogation sur les promesses faites par Jésus et les changements attendus ne sont pas nouveaux. Déjà au tout début, certaines communautés étaient convaincues qu’elles verraient de leur vivant revenir Jésus dans la gloire, et qu’elles verraient ainsi le royaume. Pourtant plusieurs passages de l’Evangile ne manquent pas de nous alerter qu’il ne faut pas prendre littéralement ces promesses de Jésus : reprenant Marc, Luc dira plus loin dans son Evangile : « rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20,25), ou encore plus clairement chez Jean « ma royauté n’est pas de ce monde » (Jn 18,36)… Ces phrases sont le reflet de la foi de certaines communautés qui avaient déjà compris que ce que Jésus nous a dit relève d’un autre ordre. Ce que Jésus accomplit est d’un autre ordre. Jésus nous dit qu’un autre regard sur la vie est possible, au-delà du matériel, au-delà de l’injustice, au-delà de l’oppression, au-delà du manque de reconnaissance dans nos vies professionnelles, amicales ou familiales. Oui, hier comme aujourd’hui, ce monde est violent, cruel et injuste. Mais ce monde n’est pas que ça. Il y a aussi de la beauté, de la solidarité et de la fraternité. Ce monde, comme notre vie, est fait de mal et de bien… et le mal ne l’a jamais totalement emporté. Face aux signes des temps que sont les crises écologique, politique, économique et sociale dans tant de pays, face aux guerres qui reviennent à nos portes ou qui perdurent depuis tant de temps dans d’autres lieux, face aux crise migratoires, face à tous ces malheurs qui existaient aussi de cette façon ou d’une autre au temps de Jésus, un regard de Vie est possible. Face à toutes les situations difficiles du quotidien, face à la solitude dans laquelle nous pouvons nous trouver pour gérer telle ou telle situation, face au sentiment d’être incompris ou rejeté, face au bien que nous n’avons pas fait, face à tous ces poisons qui nous rongent, un regard de Vie est possible. Non pas que toutes ces situations internationales ou personnelles vont connaître une issue heureuse à court terme comme par magie, mais elles peuvent être l’occasion de partage, partage de biens, partage de temps, partage d’un regard ou d’une parole, partage pour dire à mon prochain qu’il existe pour moi, qu’il a de la valeur à mes yeux, que sa vie n’a pas de prix, qu’il a le droit à la dignité et au respect. Partage pour donner, mais partage aussi pour recevoir ce regard, cette parole qui me dit que
ma vie aussi n’a pas de prix, que j’ai le droit à la dignité et au respect. Avec l’Evangile, il n’a jamais été question d’avoir une vie longue, paisible, sans souffrance, sans difficulté, tout en douceur et en paix, pour nous-mêmes, nos proches et notre Eglise. Au contraire, avec l’Evangile, il est question d’être envoyé dans le monde pour témoigner que le mal n’aura pas le dernier mot, que le mal ne peut pas empêcher la solidarité, que le mal n’arrêtera pas les artisans de paix. L’Evangile ne traite pas de quand ou de comment nous allons mourir, mais de comment nous sommes invités à vivre maintenant pour nous ouvrir à une autre Vie dès ici-bas. Voilà ce que Jésus dit quand il dit qu’« aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Ce jour-là, Jésus a affirmé que l’Esprit Saint était en lui et qu’il allait proclamer la Bonne nouvelle, qu’il allait incarner ce que Dieu nous appelle à vivre, qu’il allait apporter de l’amour et de la dignité à ceux qui n’en ont pas, qu’il n’aurait pas peur de remettre en cause l’ordre établi, aussi bien religieux que politique, qu’il acceptait d’aller au bout de cet appel malgré la peur de la mort. Pour certains, c’est tout à fait dérisoire, c’est naïf de croire que cela peut vraiment changer quelque chose, c’est dangereux de s’attaquer au modèle économique du grand Temple de Jérusalem ou aux institutions politiques et religieuses, c’est inconfortable pour beaucoup de remettre en cause la conception de la religion et la façon de la vivre héritée de leurs pères, mais c’est ce que Jésus a dit et fait. Pour d’autres, Jésus a ouvert une autre façon de vivre, pas plus longue, mais plus intense, en relation intime avec Dieu. Et cette relation intime avec Dieu, elle se manifeste par une relation différente avec ceux qui nous entourent, avec le monde et la nature qui nous entourent, pour vivre une relation de paix, de justice et de solidarité, une relation sans compromis avec les injonctions mortifères du monde économique lorsqu’il s’agit de gagner au détriment des autres ou de la nature, une relation sans compromis avec les injonctions mortifères du monde politique lorsque la haine, le rejet de l’autre et la division de la société sont prônées, une relation sans compromis avec les injonctions mortifères du monde religieux lorsqu’une Eglise ou une religion agit pour ses propres intérêts de pouvoir, d’argent ou de contrôle de ses membres. Voilà ce que nous pouvons témoigner à ceux qui nous entourent, et ce faisant, nous sommes témoins de l’Evangile, à notre façon, dans ce monde, dans notre vie, ici et maintenant. N’est- ce pas une belle résolution pour chacun des jours de cette nouvelle année ?
Alban Choutet