Ecologie et espérance, maintenant, trois choses demeurent

Maintenant, trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais c’est l’amour qui est le plus grand. (1 Corinthiens 13, 13

Convaincue que la question climatique est au cœur des angoisses de beaucoup de nos concitoyens, convaincue que la vocation de l’Eglise est d’annoncer l’espérance même lorsque la situation paraît sans espoir, j’affirme que la question écologique doit se trouver au cœur de nos préoccupations en Eglise. Or, lorsqu’on parle des enjeux écologiques en Eglise, les résistances surviennent immanquablement. On oublie qu’un synode nous demande de prendre la question au sérieux. Certains lèvent les yeux au ciel (métaphoriquement ou physiquement) : « encore le climat ! Mais qu’y pouvons-nous, c’est une question planétaire ! » ou « l’Eglise est là pour évangéliser et pas pour faire ce qui est déjà fait ailleurs. L’écologie, la question climatique, c’est un enjeu citoyen, pas un enjeu évangélique ! » voire « cela me gêne de parler des ours blancs alors qu’il y a tant de misère dans le monde », sans compter les « tout le monde sait trier ses déchets, inutile de toujours répéter les mêmes consignes, cela devient contre-productif ».

Ce que je retiens avant tout des discussions sur les questions climatiques et environnementales c’est un double constat : il y a ceux, convaincus depuis longtemps, qui se désespèrent de faire avancer les choses, qui font des efforts mais n’en voient pas les résultats. Et il y a ceux qui n’essaient même pas, soit en se cachant la réalité de l’urgence (les scientifiques trouveront une solution) soit en la niant (il y a toujours eu des changements climatiques).

Au fond, la véritable question est de savoir si l’Eglise a une parole pertinente sur la question, une parole non pas citoyenne mais véritablement spirituelle.

Dans le mythe de la Genèse, on découvre que le projet de Dieu pour sa création est un projet d’harmonie. Il met de l’ordre dans le chaos initial, il place une chronologie de jours et de nuits, il crée chaque être selon son espèce et confie le monde créé à sa dernière créature fragile et inachevée mais créée à son image, l’être humain. Dans cette création ordonnée, dont l’humanité fait partie, tout se tient, tout est interdépendant, au point que la violence des humains conduit Dieu à détruire le monde entier (Gn 6, 5-7). Plus tard, dans l’alliance que Dieu conclut avec son peuple, même les animaux ont des droits, en particulier celui de cesser tout travail le jour du sabbat (Ex 20, 10-11).

Lorsque je parle d’écologie en Eglise, je ne parle pas de nature, je parle de création. Et au cœur de la création, il y a l’humain. Or, la plus grande règle que Jésus donne à ses disciples, c’est le commandement d’amour du prochain. Dans son encyclique Laudate si, le pape François montre comment tout est lié : on ne peut parler de lutte contre le réchauffement climatique sans préconiser un partage plus juste des richesses, en particulier entre le « nord » et le « sud ». Ne pas agir pour enrayer le changement climatique conduira certes à une perte tragique de diversité des espèces mais avant tout à des migrations impossibles à imaginer entre le « sud », plus exposé et moins protégé et le « nord » qui ne pourra pas repousser ces populations chassées de chez elles par la désertification ou la montée des eaux. Alors, incontestablement, la question climatique est évangélique. Elle concerne directement les Eglises et les croyants.

Plus important encore, la parole que l’Eglise a le devoir d’exprimer est une parole positive : la foi conduit à l’espérance et ce dont notre monde a besoin pour entreprendre ce combat contre nature consistant à se restreindre, à se limiter, c’est d’espérance.
Parce que je sais qu’une personne peut changer le monde, je fais ce que je peux là où je suis, même si je n’en vois pas les conséquences directes. Chacun peut choisir selon son mode de vie là où il veut commencer. La foi me conduit à ces gestes mais l’espérance que Dieu aura le dernier mot dans l’histoire du monde donne à ces gestes une valeur positive. Ce n’est pas une goutte d’eau dans l’océan de tout ce qu’il faudrait faire. C’est un geste de reconnaissance pour ce que j’ai reçu de la part du Seigneur. Et cela me fait du bien et cela se voit. Au-delà des petits gestes pratiques, du partage de « recettes » que nous pouvons vivre, parce que nous faisons cela au nom d’un Dieu qui nous dépasse et parce qu’il nous a déjà tout donné, nous devenons une fois de plus « lumières du monde », transformant des contraintes mal vécues en gestes d’espoir pour le monde.

Et l’amour ? C’est en réalité la motivation de tout geste « écologique » : amour de la nature et de tout ce qui s’y trouve, bien évidemment, mais avant tout et surtout, amour de mes frères et sœurs en humanité qui souffriront tant si nous n’agissons pas dès maintenant pour enrayer le changement qui vient. Ces frères et sœurs, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, mais aussi tous ceux du bout du monde à qui nous pouvons encore épargner catastrophes et migrations forcées.

Maintenant, trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais c’est l’amour qui est le plus grand.

 

Pasteure Anne Petit

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